Ils s'arrêtèrent devant la boutique Prada. Bill déboula dans la boutique d'un pas empressé et se dirigea directement au rayon des sacs à main. La vendeuse l'observa des pieds à la tête, se demandant intérieurement ce qu'un ado en jeans et T-shirt noir pouvait bien venir chercher dans une boutique de luxe. Encore un de ceux qui ne font que regarder et vont repartir les mains vides, se dit-elle. Aussi n'offrit-elle pas son aide à Bill, et elle resta derrière son comptoir.
Bill prit tour à tour chaque sac dans ses mains, et les essaya en les mettant sur son épaule. Alicia, qui s'était décidée à rentrer dans la boutique, fut très amusée, mais à la fois très gênée du spectacle qui s'offrait à elle. En effet, tous les sacs étaient à présent ca et là parterre, tandis que Bill faisait les cent pas tout en se regardant dans un grand miroir qui prenait toute la largeur de la boutique, un grand sac sur l'épaule droite, et un petit sur la gauche.
Bill : Tu préfères lequel ? Le petit ou le grand ?
Alicia : Euh, je ne sais pas moi ... Ils sont tous les deux plutôt cool.
Bill : Tu as raison ... je vais prendre les deux
Alicia : Euh, ce n'est pas ce que je voulais dire ...
Mais trop tard. Déjà, Bill se dirigeait vers le comptoir et sortait sa Mastercard Gold. La vendeuse, qui jusqu'à présent n'avait prêté aucune attention à Bill, lui sourit et le complimenta de son choix. Le blabla habituel, pensa Alicia. Elle en était dégoûtée. Elle le fut encore plus lorsqu'elle vit le prix du petit sac : 800 Euros. Mieux valait ne pas regarder le prix du grand sac. Bill signa le reçu, sans même regarder la vendeuse, le lui tendit et attendit que ses précieuses besaces soient précautionneusement mises dans un beau sac en papier dont le logo Prada ornait toute la largeur. Alicia et Bill ressortirent de la boutique et retournèrent vers le van où Gustav et Saki les attendaient. Bill leur montra fièrement ses achats, sourire aux lèvres, comme un petit garçon qui vient juste de recevoir le cadeau qu'il avait commande au père Noel. Sauf que la, le cadeau, il se l'était offert à lui-même ...
Le van fit quelques centaines de mètres et s'arrêta devant la boutique Giorgio Armani. Nul besoin n'est de préciser que Bill ne put s'empêcher d'acheter quelque chose. Il prit deux shirts noir, des plus simples, pour la modeste somme de 200 Euros le T-shirt.
Prochain arrêt : Calvin Klein. Cette fois-ci, toute notre petite troupe y entra, et chacun y trouva son compte. Les garçons achetèrent des caleçons, tandis qu'Alicia craqua pour un petit top bleu ciel.
Alicia proposa ensuite d'aller au Printemps. Ils avaient certes plus de risques de croiser des fans dans un grand magasin, mais au moins ils auraient l'avantage d'avoir tout à disposition sous la main. Monumentale erreur ... Plus de magasins signifiait plus de tentation... Bill s'arrêtait à chaque rayon, tandis que Gustav, Saki et Alicia suivaient derrière, les bras chargés des articles que Bill comptait aller essayer. Alicia comprit enfin quel calvaire ses ex petits-amis avaient du enduré à la suivre lors de ses virées shopping...
La séance d'essayage fut très animée, mais surtout interminable. A chaque fois, Bill se changeait dans la cabine et venait faire son petit tour devant les grands miroirs où Saki, Gustav et Alicia l'attendaient. Les tenues défilaient, toutes plus affreuses les unes que les autres au gout d'Alicia, mais Bill semblait plutôt convaincu que cela lui allait bien. Alors qu'Alicia attendait le vingtième retour de Bill devant les miroirs, elle aperçut un T-shirt moulant noir au loin. Elle se dit qu'après tout, elle aussi avait le droit à un petit essayage. Mais elle n'eu jamais l'opportunité de l'essayer, Bill lui arrachant le shirt des mains alors qu'elle retournait aux cabines.
Bill : Ah ouais, il est chouette celui-là. Merci Alicia.
Alicia : Mais, euh... (Bill rentra dans la cabine avec le shirt)... il était censé être pour moi celui-là...c'est un t-shirt de femme, Bill !!!
Mais Bill était trop dans son petit monde pour entendre les plaintes d'Alicia. De leur coté, Saki et Gustav étaient morts de rire.
Apres les vêtements, ce fut le rayon maquillage que Bill dévalisa. Alicia commençait à se demander si tout ceci était bien réel et si elle n'était pas la pauvre victime d'une camera cachée. Oui c'est ca, les garçons devaient être en train de la tester, c'était surement ca. Ca ne pouvait être que ca. Tout homme normalement constitué déteste le shopping. Il y a malheureusement toujours exception à la règle, et c'est exception s'appelait Bill Kaulitz.
J'aurais eu mieux fait d'aller avec Tom et Georg, se dit Alicia. Elle se promit de s'en rappeler la prochaine fois qu'elle irait faire du shopping avec les garçons.
Lasse d'attendre constamment sur Bill qui s'attardait vraiment à chaque rayon, Alicia décida d'aller prendre un peu l'air. Elle fut immédiatement suivie par Gustav. Le pauvre Saki était condamné à rester avec Bill.
Alicia : Je suis pourtant une fille et j'adore le shopping, mais là j'en peux plus.
Gustav : Et encore, tu n'as rien vu. Il n'a pas acheté grand-chose aujourd'hui.
Alicia : Ah oui ? Vraiment ? Il est incroyable ! Pire qu'une fille.
Tous deux rigolèrent.
Alicia : Viens. Suis-moi. Je crois que j'ai trouvé de quoi nous défouler.
Elle prit Gustav par la main et l'entraina de l'autre coté de la rue.
Gustav : Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse dans un magasin de jouet ?
Alicia : Tu préfères rester là à attendre que Bill Hilton ait fini ses emplettes ?
Gustav : Oh non. Où tu iras, j'irai !! Pour autant que ce soit loin de Bill.
Ils entrèrent donc dans le gigantesque magasin de jouets. Alicia observa le plan du magasin. Le rayon qu'elle cherchait était au dernier étage. Ils prirent l'escalier roulant, et découvrirent à chaque étage de nouvelles merveilles. A vous donner l'envie de redevenir enfant !
Alicia : Ca y est. On y est. Tu joues avec moi ?
Gustav (tout surpris) : Euh, oui ... mais je vais te rétamer en moins de deux. Je suis invincible à ce jeu.
Alicia : Ca tombe bien. Moi aussi ...
Ils prirent chacun une manette en main et commencèrent la partie. Cela faisait bien des mois qu'Alicia n'avait pas rejoué à un jeu vidéo, mais elle su très vite se remettre dans le coup et assomma rapidement le personnage de Gustav.
Alicia : Et de 1 -0.
Gustav : Tu ne vas pas t'en tirer comme ca.
Ils continuèrent la partie, et à nouveau Alicia vint rapidement à bout du personnage de Gustav.
Gustav : J'ai ma manette qui ne répond pas comme il faut.
Alicia : Oui oui, c'est ca. A d'autre, monsieur l'invincible... dis plutôt que tu es mauvais perdant.
En guise de réponse, Gustav lui tira la langue. On aurait vraiment dit deux gamins de dix ans. Alicia enchaina avec un déhanchement qui manqua de faire tomber Gustav, et ils reprirent le combat virtuel.
Bill : Je me demandais ce que vous pouviez bien faire tous les deux quand je vous ai vus partir main dans la main tout à l'heure.
Gustav, qui ne s'attendait pas à ce que Bill les ai retrouvés, se retourna et ne vit pas arriver le coup fatal d'Alicia.
Alicia : Partie terminée. J'ai gagné !
Gustav : Non, mais c'est pas juste. C'est Bill qui m'a déconcentré !! Je veux faire une autre partie !!
Saki : Allez les enfants. Il est temps de rentrer.
Alicia partit en avant, l'air triomphant, tandis que Gustav suivait derrière, la queue entre les jambes.
Gustav à Bill : Surtout pas un mot aux autres !
Bill : Je vais me gêner, tiens !!
De retour a l'hôtel, Tom et Georg les attendaient dans le petit lobby privé qu'ils avaient à leur étage.
Tom : Alors, ce shopping ?
Alicia : No comment !! (faisant un signe de tête en direction de Bill) . Et vous?
Tom: En fait, on avait pas vraiment envie de faire les boutiques, alors on a visité quelques monuments.
Exténuée, Alicia fonça droit dans sa chambre pour y prendre un bon bain chaud. Pendant ce temps, les garçons se racontèrent leur après-midi respective. En voyant tous les sacs de Bill, Tom et Georg comprirent que son escapade shopping avait été fructueuse. Gustav évita de parler de l'épisode du magasin de jouet, mais Bill se fit un plaisir de raconter aux autres comment Alicia l'avait battu au jeu.
Tom : Une raison de plus de lui régler son compte à la petite.
Gustav : Ne dis pas ca. Moi je la trouve super Alicia. Elle est très professionnelle et attentionnée avec nous tous, on ne peut rien lui reprocher. Osez l'avouer, elle est super avec nous !!
Tom : Ouais, mais elle vient de te rétamer à un jeu vidéo, mon vieux. Où est passée ta fierté de mec ?
Gustav : Ca n'a rien à voir ... Et je ne vais pas faire virer quelqu'un tout ca parce que j'ai perdu à un vulgaire jeu vidéo. Moi je te le dis, Alicia, c'est une fille bien. Je ne marche plus dans votre combine.
Ils s'échangèrent tous des regards interrogateurs. Tom finit par répondre en premier, les yeux rivés au sol, comme un petit garçon qui avoue une bêtise:
Tom : Je dois vous avouer que je commence à bien l'apprécier moi aussi, cette petite Alicia. Elle est très différente de ce que je m'étais imaginé. Et elle me fait bien rire des fois. On l'avait peut-être mal jugée depuis le début.
Tous s'accordèrent enfin à dire qu'Alicia était ce qui leur était arrive de mieux depuis bien des mois. Leur ressentiment avait fait place au respect. Ils voyaient en Alicia plus qu'un Manager. Elle était devenue à leurs yeux une amie sur qui ils pouvaient compter, une confidente. Si Gustav n'avait pas osé parler ouvertement de ses sentiments ce soir-là, peut-être n'auraient-ils jamais abordé le sujet. Ils s'en seraient tenus à leur première impression, n'osant avouer aux autres qu'en fait ils l'aimaient bien. Tom, surtout, se sentait coupable du plan machiavélique qu'il avait élaboré. Jamais elle ne devait savoir ce qu'il avait planifié en secret.
De son coté, dans son bain, Alicia se faisait les mêmes réflexions. Elle avait également changé d'avis sur ses protégés. Cela ne faisait même pas un mois qu'elle était avec eux, mais en un mois elle avait eu l'impression qu'ils avaient grandi, muri. Elle les voyait se développer de jour en jour. Elle en éprouvait presque comme de la fierté. Comme cette rose unique qui ne pousse que grâce à des soins quotidiens et précis ...
Sa relation était différente avec chaque garçon. Elle avait trouvé en Gustav un confident avec lequel elle refaisait le monde à chaque discussion. Elle aimait discuter avec lui, même si en fin de compte c'était toujours elle qui parlait le plus. Gustav parlait peu, mais comme l'on dit « le silence est d'or, la parole est d'argent ». Gustav ne parlait jamais pour ne rien dire.
Tout le contraire de Tom, qui lui était un vrai moulin à paroles. Il ne pouvait s'empêcher de toujours tout commenter. Mais son humour n'avait aucun égal, et même si il était parfois à la limite du cynisme, elle trouvait souvent une grande part de vérité dans ce qu'il disait.
Alicia avait trouvé en Georg une sorte de grand frère pour les trois autres. Il était un peu le médiateur lorsque les choses dérapaient.
Quant à Bill ... difficile de décrire sa relation avec Bill. Tantôt proche, tantôt en retrait, Bill était sous tout point de vue imprévisible. Ils ne se parlaient que très occasionnellement, et à chaque fois il y avait comme une gêne qui s'installait entre eux. Elle ne pouvait expliquer pourquoi ; elle était comme intimidée face à lui.
Ils passèrent tous la soirée tranquillement à l'hôtel. Une dure journée les attendait le lendemain, et ils devaient garder des forces. Ainsi mangèrent-ils au restaurant de l'hôtel.
Alors qu'ils reparlaient pour la énième fois de la défaite de Gustav, Alicia entendit une voix familière, et vit un visage encore plus familier s'approcher d'elle.
Eva : Alicia ? C'est bien toi ?
Alicia : Eva ? Mais ca alors... que fais-tu ici ? Je n'arrive pas à y croire.
Alicia se leva et se dirigea vers celle qu'elle venait d'appeler Eva, une grand blonde à la taille mannequin.
Tom : Tu nous présentes ?
Alicia au TH : Les garçons, voici Eva, une amie d'enfance que je n'avais pas revue depuis des années.
Alicia à Eva : Et voici les Tokio Hotel.
Eva : Je vois, oui. Ils sont plutôt connus par ici. Mais comment.. ?
Alicia : Viens, assieds-toi. J'ai tellement de choses à te raconter !!
Eva se joignit à la table d'Alicia, laquelle, trop absorbée par l'apparition surprise de son amie, ne remarqua pas que tous les yeux étaient désormais posés sur Eva.
Tom à Georg : Elle a des chouettes copines, l'Alicia. On a bien fait de la garder.
Georg : T'es vraiment irrécupérable....

